Carnet de bord # 1 Yotaro au pays des Yôkais

Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra partagent ici les carnets de bord de leur prochaine création,  Yotaro au pays des Yôkais créée au Japon à Shizuoka, avec les acteurs et actrices du SPAC (Shizuoka Performing Art Center),  à l’invitation de Satoshi Miyagi.

 

Par Jean Lambert-wild & Lorenzo Malaguerra

 

Cela fait plus de 10 ans que Satoshi Miyagi et Jean Lambert-wild se connaissent, ce dernier ayant invité la troupe du Shizuoka Performing Art Center (SPAC) à jouer le Mahabharata à la Comédie de Caen – CDN de Normandie. Il y a eu l’invitation faite par le SPAC à accomplir une tournée japonaise de Comment ai-je pu tenir là-dedans,une adaptation de La chèvre de Monsieur Seguinqui avait connu plusieurs centaines de dates de tournée en Europe. Un rapport particulier s’est ensuite noué avec un des acteurs charismatiques de la troupe, Keita Mishima. De cette rencontre est né Splendeur et lassitude du Capitaine Iwatani Izumi,un spectacle écrit et mis en scène par Jean Lambert-wild. Enfin, l’invitation faite lors du World Theatre Festival Shizuoka à Richard III – Loyaulté Me Lie, co-signé par Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra, est le dernier jalon de cette collaboration.

C’est donc dans un contexte de relations nourries et suivies entre des artistes et institutions japonais, français et suisses que s’est construit le projet de Yotaro au Pays des Yôkais.L’inspiration du projet prenait sa source dans le très riche univers des mangas, dont nous ne connaissons que la pointe de l’iceberg en Europe. Il s’agissait notamment de s’appuyer sur l’univers de mangas ayant bercé des générations de jeunes Japonais afin de créer une connexion immédiate entre le spectacle et le jeune public. Par ailleurs, nous étions fascinés par le fait que beaucoup de mangakas ayant traversé le 20esiècle avaient été les témoins de la reconstruction et de l’ascension fulgurante du Japon et que leurs œuvres étaient habitées par cette métamorphose. C’est donc toute la question d’un pays remis à neuf mais toujours relié par un attachement profond à la tradition qui se révélait être une piste très intéressante pour construire Yotaro au pays des Yôkais. 

Les Yôkais, ces innombrables esprits japonais aux pouvoirs aussi divers que surprenants, nous ont immédiatement parlé car ils réunissaient précisément la qualité de faire partie d’une histoire très ancienne tout en intervenant dans la vie quotidienne actuelle.

Lors des différentes séquences de répétition, le besoin s’est fait sentir de se libérer de références trop étroites avec tel ou tel auteur. Nous avons voulu aller vers une forme plus libre que celle de faire revivre certains personnages célèbres de mangas. Mais nous avons puisé chez les mangakas la multiplicité des formes que produisaient leurs imaginaires, leurs caractères débridés et leurs capacités à se faire rencontrer des mondes a priori dissociés. Nous avons aussi utilisé la riche matière qui avait été produite lors d’improvisations mémorables par les actrices et acteurs du SPAC. L’univers des Yôkais est intime à tous les Japonais et s’est révélé être une puissante source d’inspiration pour ces formidables interprètes. Ils ont ainsi pu y injecter toute leur folie, leur dextérité physique et leur science du jeu. Puis, est apparue une autre idée : celle de placer au centre de l’histoire un personnage mi-clown mi-enfant, Yotaro. Celui-ci commence le récit par la découverte de sa mort puis découvre qu’il doit apporter son âme au Roi Enma, dieu bouddhiste gardien de l’enfer. Son trajet jusqu’au Roi est parsemé de rencontres et d’embûches, d’effrois et de drôleries, pour un spectacle en forme d’hymne à la vie, au jeu et à l’enfance.

Une des caractéristiques du travail de Jean Lambert-wild et Lorenzo Malaguerra est de segmenter le travail des répétitions en plusieurs séquences courtes qui peuvent s’étaler sur plusieurs années. L’avantage d’une telle méthode est de permettre de faire mûrir le travail des acteurs, des costumes, des décors et bien évidemment de l’écriture et de la mise en scène afin de dégager au final une forme qui soit bien celle qui convienne à l’objet artistique. Cette façon de travailler, basée sur l’empirie bien davantage que sur le concept, permet aussi que chaque collaborateur puisse faire des propositions. Nous sommes là très loin de l’habituelle structure pyramidale des plateaux de théâtre. Cette méthode a permis, sur la durée, de créer entre les équipes française, japonaise et suisse un bel alliage.

Spectacle

Yotaro vient de mourir. Il était gentil Yotaro, toujours prêt à rendre service. Certains lui trouvaient même un petit...