Qualité / métier: 
Auteur, metteur en scène, comédien
Pays: 
Singapour

 

Programmé pour rentrer à l'école polytechnique, comme son père et ses oncles, Marc Goldberg déraille une première fois, vers la philosophie (il traduit au passage Le Cahier Bleu et Le Cahier Brun de Wittgenstein, avec Jérôme Sackur, pour Gallimard), avant d'assumer enfin qu'il n'avait pas passé par hasard les dimanches de sa jeunesse à regarder du théâtre sur FR3 ou à dénicher des places de spectacle bon marché, ni ses nuits adolescentes à lire des pièces à la lumière de son radio-réveil. C'est pendant son service militaire qu'il rejoint la troupe des Théâtrophages, où il fera ses premières armes (assistant metteur en scène, comédien), et où sera montée sa première pièce, Les Rendez-Vous, dont le succès le conduit à tout remettre en question...

Suivent quelques années de vacances comme banquier, pendant lesquelles il rencontre sa femme, et lors desquelles un poste à la City lui permet de repenser le théâtre au contact de la scène londonienne alors fertile : il revient à Paris avec la conviction qu'il doit mettre en scène pour avancer. Il fait ses premières armes au Théâtre Tourtour, sous l'aile de son directeur, Jean Favre, qui lui propose de diriger des spectacles formateurs (seuls en scène, tours de chant, cabaret). Il crée alors sa compagnie, Le Dive Théâtre, signe simultanément deux premiers spectacles (Bastien et Batienne de MozartTrans-Atlantique de Gombrowicz), puis rejoint pour cinq ans le Vingtième Théâtre. Pendant cette période, il met en scène une vingtaine de productions. Surtout des jeunes auteurs : Carine Lacroix, Raphaël Scheer par exemple. Mais aussi des textes méconnus d'auteurs célèbres : Un Caprice de Bonaparte de Zweig, A Woman of Mystery de John Cassavetes. Des adaptations : Le Bébé de Marie Darrieussecq, L'Anthologie de l'Humour Noir d'André Breton. Ou des textes du Moyen Age. Jamais des classiques.

L'écriture, alors, passe surtout par la traduction et l'adaptation. Elle revient au premier plan en 2011 avec La Colonne de Frickstein, sélectionné par le bureau des lecteurs de la Comédie-Française puis publié aux éditions Les Cygnes, en cours de production. Depuis, écriture, traduction (Les Troyennes de Mark Ravenhill, publié dans War and Breakfast aux Solitaires Intempestifs, Emilie d'Emerald Hill de Stella Kon et Le Cercueil est trop grand pour la fosse de Kuo Pao Kun, aux éditions les Cygnes, et dans l'autre sens : Le Clown des Marais de Jean Lambert-wild pour la création du projet à 72-13, Le Clown du Rocher de Catherine Lefeuvre pour la création du texte aux Gardens by the Bay de Singpour, La Réunification des deux Corées de Pommerat pour la mise en scène de Jacques Vincey), enseignement (ENSATT à Lyon, Sciences Po à Paris, NAFA et Lasalle à Singapour, Académie de l'Union à Limoges) et mise en scène s'équilibrent et se complètent.

Sans modifier cette dynamique, Marc Goldberg s'installe à Singapour en 2013. Il dirige depuis une dizaine de spectacles, dont des pièces singapouriennes (en particulier In the company of women de Verena Tay et Further North, Deepest South de Chong Tze Chien) et cette fois des classiques (Lower Depths de Gorky, une adaptation croisée du Cercle de Craie de Li Qianfu en mandarin et Le Cercle de Craie caucasien de Brecht en anglais), écrit une pièce (Scents of Josephine, montée par Samzy Jo au Drama Centre de Singapour),continue de traduire et d'enseigner, joue régulièrement pour le cinéma et la télévision… Mais ce déplacement est aussi l'occasion de bâtir des ponts, humains et artistiques, entre la France et Singapour. Il profite ainsi de « Singapour en France – le festival » en 2015, pour faire découvrir en France l'écriture dramatique de Singapour par la traduction et la mise en espace de deux monologues pendant cette mini-saison. Il joue récemment un rôle déterminant dans l'élaboration (aux côtés de l'Institut Français) et la mise en œuvre (comme traducteur et conseiller artistique) d'une coproduction franco-singapourienne de La Réunification des deux Corées, mise en scène par Jacques Vincey avec des comédiens singapouriens, créée à 72-13 (Singapour) puis en tournée en France, en particulier à MC93. Ces projets binationaux le conduisent également à rencontrer, puis à développer un profond compagnonnage avec Jean-Lambert-wild. Celui-ci commence par la Trilogie du Clown parleur, dont ils élaborent et interprètent conjointement le premier volet, Le Clown des Marais, créé à 72-13. Avec la complicité de Koh Hong Teng, ils élaborent un second volet, Le Clown du Ruisseau, sous la forme d'un roman-photo-graphique et d'une exposition. Quant au dernier volet, Le Clown du Rocher, il le traduit et participe à sa représentation lorsqu'il est créé en anglais, toujours à Singapour. D'autres collaborations, d'autres projets communs, se réalisent et s'échafaudent en parallèle, en particulier celui de La Chanson de Roland.